
La Famille Garcia
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Comment raconter l’histoire familiale ?
Par où ou plutôt par qui commencer ?
Par l’histoire du nom patronymique ? Pourquoi pas !
Garcia, si ce nom est bien banal aujourd’hui dans le paysage français, il convient de faire un effort de mémoire (pas bien long, 2 voire 3 générations) et de le mettre en perspective avec la dramatique actualité qui frappe les mouvements migratoires actuels.
Notre histoire, comme on pourra le découvrir a débuté par une migration choisie, s’est poursuivie par un naufrage et une nouvelle migration par défaut…
Tout ça pour que nous autres « famille Garcia » n’oublions pas d’où nous venons.
Il ne s’agira que d’une histoire que la mémoire permettra et qui ne courra que sur une centaine d’année. Au-delà, il ne sera plus question de mémoire mais de généalogie.
C’est donc en Espagne que l’histoire débutera dans un petit village de Castille : San Muñoz. Situé à une quarantaine de kilomètres de Salamanca, la capitale régionale.
Adela Rodriguez (Abuela) qui était née à San Muñoz a épousé Leopoldo Garcia né à La Sagrada (village situé à une dizaine de kilomètres de San Muñoz). Ils ont donné naissance à 3 enfants, 2 garçons, dont Serapio et une fille, Maria.
Abuela Adela en 1964 à l’âge de 98 ans
Prenant son repas devant sa maison à San Munoz
Le premier fils, a émigré en Argentine où il semblerait qu’il ait eu plusieurs métiers. Assez rapidement la famille n’eut plus de nouvelles de sa part.
Maria resta au pays. Elle se maria avec « tio » Martin. Ils eurent 6 enfants.
Amable, qui fut « guardia civil », Angel, lui aussi « guardia civil », Isidoro, qui travailla à une époque dans les Asturies, 2 jumelles Adela et Serafina et un garçon Leopoldo.
Serapio Garcia, le second fils est né en 1893 il a épousé autour de 1915 - 1920, Elisa Marcos, née en 1894. Elle était fille de Tomas Marcos et de Valeriana Vidal. Il semblerait qu’elle ait perdue sa mère très jeune.
A cette époque, l’Espagne vit sous le régime républicain.
La vie est rude et la région est à la limite de la famine. L’émigration est l’une des seules solutions qui s’offre aux familles pauvres.
En 1921 naît Valeriano Garcia Marcos (dans le droit espagnol, le nom de la mère, bien que non transmissible, est accolé à celui du père).
C’est à ce moment qu’ensemble, Serapio et son frère décident d’émigrer en Argentine, et partent tous les deux du côté de Rio Negro.
Après avoir trouvé travail et logement, les 2 frères décident de leur installation sur place. Sérapio se doit de retourner en Espagne pour ramener son épouse et son fils qui vient de naître.
Le bateau le ramenant en Espagne fit naufrage et seuls quelques rescapés furent récupérés sur un récif isolé après plusieurs jours sans vivres et sans eau. Sérapio, en pleine force de l’âge a fait partie des rares survivants.
Cet épisode familial ne fut jamais abordé en sa présence tant il a laissé des séquelles indélébiles. D’aucuns ont même parler de cannibalisme, légende ou réalité ???
Bien entendu, il ne fut plus question de reprendre la mer. C’est en France que la famille décida de faire souche.
Après une année passée du côté de Foix, à la recherche de travail, elle se rendit au Havre où des cousins les avaient précédés, c’est là que la vie s’organisa.
Dans un port de première importance, pour un migrant ne parlant pas la langue, le métier de docker demeurait la seule alternative.
Très vite, la crise venant, il était difficile de se faire embaucher et les longues files d’attente entraînaient l’angoisse de ces travailleurs, incertains de ramener de quoi nourrir leurs familles.
Au cours de cette période, naîtront 6 autres enfants : José, Mercedes, Andrès, Consuelo, Ramon et Anjela (tous nés au Havre).
Pour aider la famille Valeriano en dehors de l’école s’emploiera dans différents « métiers » et tour à tour, il sera aide dans une marbrerie, vendeur de glaces…

Toutefois, il lui restera toujours un peu de temps pour taper dans un ballon avec un surnom attribué par ses petits camarades immigrés : « Garcia la vaca » sans doute pour son jeu rugueux. De son côté, son frère José très bon footballeur semble avoir été approché par le club professionnel du Havre AC.
Bien sûr, l’immigration va s’amplifier au moment de la guerre civile qui va se déclencher en Espagne. En même temps, la guerre de 40 s’annoncera.
C’est à ce moment que la famille Garcia décidera de demander la nationalité française qu’elle a obtenue le 9 novembre 1939.

Sans doute en raison de la crise, la famille a déménagé et s’est installée, juste avant la guerre, dans le village de Villery, dans l’Aube.
Serapio était journalier dans une entreprise de maçonnerie et chaque jour, en fonction des chantiers où il était embauché, c’est à bicyclette qu’il se rendait à son travail (souvent dans les faubourgs de Troyes), à une vingtaine de kilomètres.
Petit à petit, sur les chantiers, il avait appris à se débrouiller pour parler un Français certes approximatif mais compréhensible. De son côté, Elisa demeurant à la maison était restée attachée à sa langue natale qui était celle utilisée par la famille. Vers la fin de sa vie, au contact, notamment de ses filles cadettes, elle avait développé un langage fait d’espagnol dénaturé et de français approximatif qu’il était difficile de comprendre en dehors du cercle de ses proches.

La famille Garcia à Villery (Aube) en 1941
De gauche à droite en haut : Valeriano, Mercedes, Elisa (la mère), Serapio (le père).
En bas : Consuelo, Angela, Ramon, Andrès, Jose.

La famille en 1947 devant leur maison de Villery.
En haut de Gauche à droite : Consuelo, Valeriano, Serapio
Au centre Elisa avec Christian (fils de Valeriano)
Rang du bas : Ramon, Mercedes, Anjela.
(Photo prise à l’occasion des vacances de Valeriano, son épouse Yvonne et Mercedes qui habitaient à cette époque ensemble à Lyon)

Les enfants Garcia en 1948
En haut de Gauche à Droite : Ginette (épouse de José), Consuelo, Yvonne (épouse de Valeriano) et Angèle.
En bas : (Christian fils de Valeriano), José, Michel Nosley (époux de Consuelo) et Valeriano

Elisa et Serapio dans les années 60
Dans la fin des années 50, la mairie de Bouilly s’étant vue attribuer une maison en bois, l’a proposée à la famille Garcia. Cette maison a été édifiée sur un terrain situé rue du champ pilé à Bouilly. En contrepartie, la famille s’engageait à l’entretenir.
C’est là que Sérapio s’est éteint en 1963 et que Elisa vécut entourée de son fils Ramon et sa fille Anjela jusqu’en 1975.
Depuis, cette maison est la propriété d’Anjela où elle vit toujours avec son frère Ramon.
Les enfants Garcia et leur famille
Valeriano Garcia
Valeriano ayant appris la mécanique dans le garage de Villery, c’est fort de ce métier qu’il a pu s’engager dans la vie.

Valeriano à ses débuts de mécanicien (3ème en partant de la gauche)
(sans doute lors de son passage à Magnet avec l’entreprise Collet.
C’est à ce moment qu’il a rencontré Yvonne.
A droite, son chef Mr Peyrelade qui fut un soutien indéfectible pour lui.)
Il trouve à s’employer dans une entreprise lyonnaise (Collet) chargée d’installer des lignes téléphoniques souterraines sur l’ensemble du territoire. Cette vie itinérante se poursuivra pendant la guerre et l’emmena à Magnet, près de Vichy. C’est lors d’une opération de ravitaillement à la ferme de la famille Gaillard, qu’il rencontrera Yvonne qui deviendra son épouse.
Mariage de Valeriano avec Yvonne Gaillard à St Gérand le puy.
En présence de toute la famille Garcia.
On peut reconnaître :
Au 2ème rang : à la droite du marié : son père Serapio et à coté son épouse Elisa.
Entre les mariés Jean Gaillard et à gauche de la mariée, Marie Antoinette ses parents.
2ème à la droite du marié :José, 2ème à gauche de la mariée : Mercédès
Tout à fait à droite de la photo : Raymond et Angèle.
En haut à gauche : André et Consuelo
Valeriano et Yvonne
Valeriano durant la période de la guerre a fait partie des jeunes qui ont été appelés aux camps de jeunesse (qui remplaçait le service militaire, la France ayant capitulé n’avait plus d’armée).
Il fut également soumis au STO (service du travail obligatoire) mais il n’est pas parti en Allemagne, se cachant (notamment dans l’entreprise Collet). Institué par l’occupant, ce service devait fournir de la main d’œuvre en Allemagne, pour remplacer les prisonniers français rapatriés. A la fin de la guerre, il a été mobilisé pour occuper l’Allemagne. Celle-ci dura peu de temps dans la mesure où marié, il avait un enfant.
Jusqu’à la fin de la guerre, le couple suivra l’entreprise Collet lors des différents chantiers menés par celles-ci.
C’est en 1945 que le couple s’installe à Lyon. Valeriano est alors chauffeur aux PTT (poste, télégraphe et téléphone, qui était une administration à part entière) dans un service chargé d’installer des câbles téléphoniques.
C’est à cette époque que naît leur fils Christian.
A la fin de la guerre, il a eu l’opportunité d’être recruté aux PTT (Postes, Télégraphes, Téléphones). Cette administration d’Etat avec à sa tête un ministre, regroupait l’ensemble de ce que nous appelons aujourd’hui les télécommunications.
Il était chauffeur d’un camion qui transportait une équipe d’agents chargés d’entretenir et dépanner les lignes téléphoniques souterraines
Le couple était installé à Lyon. C’est là que Mercédès, la sœur de Valeriano les a rejoints s’installant définitivement dans cette ville où elle a fait souche.
En 1946, Valeriano a pu passer le concours de mécanicien dépanneur aux PTT. Il fut d’abord nommé au Puy en Velay. Cette affectation ne dura pas très longtemps. Des contacts furent liés, pour Valeriano à travers ses collègues et l’équipe de foot de l’ASPTT, où il fut un joueur assidu. Les voisins, dans cette période d’après guerre avaient une importance à travers la solidarité qui pouvait se créer.
Deux ans plus tard, il fut nommé en charge du garage départemental de L’Allier à Vichy.
Il bénéficiait d’un logement de fonction, au 19 avenue de Lyon.
Il s’agissait au 1er étage, d’une enfilade de 3 petites pièces : une toute petite cuisine, une pièce à vivre et une chambre. Le tout sans wc et sans salle d’eau…Il fallait se contenter des sanitaires du garage au rez-de-chaussée.
Vers 1950, André le frère de Valeriano, est venu rejoindre le couple (comme l’avait fait Mercédès quelques années plus tôt). Il a trouvé un emploi en qualité de facteur à la poste de Vichy. Après avoir passé un concours, il fut nommé quelques années plus tard à Paris.
Logement au garage quai d'Allier à Moulins
Puis en 1954, ce fut le déménagement à Moulins. En effet les garages départementaux devaient se trouver au siège du département et Vichy, malgré son passé n’était que la sous préfecture.
La vie s’est donc organisée au 23 quai d’Allier à Moulins où là encore un logement était attribué à Valeriano en contre partie des astreintes assurées.
Entre temps, une nouvelle organisation était mise en place au garage et un nouveau chef ayant été nommé, il a demander à bénéficier du logement de fonction. Très affecté Valeriano a fait une dépression.
Le Couple a du s'installer en appartement.
Cette vie en appartement n’était pas bien supportée. C’est à ce moment qu’il a cherché acheter quelque chose pour s’occuper. A Chemilly, ils ont trouvé une grange à restaurer avec un jardin. C’est ainsi qu’ils ont installé d’abord une cuisine pour passer le dimanche en plein air et pouvoir inviter les copains. Très vite, il a fallut une chambre, pour ne pas avoir à rentrer sur Moulins le samedi soir. petit à petit, ce fut un chantier inouï qui s’est engagé et, c’est en maison qu’a été transformée la grange.
+
La grange de Chemilly La maison de Chemilly
Lors de son achat Après les travaux
C’est là que s’est organisée leur retraite.
Ils pouvaient recevoir leurs amis et se sentaient bien dans cette organisation.
C'est aussi à cette époque que s'est organisé le voyage en Espagne, à la rencontre de la famille et de la grand'mère Adela qui à l'époque avait 96 ans
Abuela Adela devant sa maison Goutant ou rangeant du linge
Plusieurs années de suite Valeriano, Yvonne et leur fils sont allés à San Munoz à la rencontre des cousins et cousines.
L'accueil dans la famille a toujours été d'une grande générosité et portée par une grande affection.
Malheureusement, ces voyages ont été interrompus et le contact s'est perdu.
A partir de 1987, Valeriano a développé un cancer qui l’a emporté en 1988.
Durant la période qui a suivi, Yvonne a beaucoup participé à la vie de la paroisse. Elle a également fait partie du club des aînés avec lequel elle a pu faire quelques voyages et sorties qui lui ont permis des moments de partage qu’elle a beaucoup appréciés.
En 2013, Yvonne a fait un AVC qui l’avait laissée bien diminuée. Après un séjour à l’hôpital de Moulins elle a été en convalescence à l’hôpital de Bourbon l’Archambault. A sa demande, une place a pu lui être trouvée à la maison de retraite de Saint Gérand le puy (EHPAD) où elle est restée jusqu’à son décès en juin 2019.






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